Le mardi 11 juillet 2006


Dans la vie, Naïm Amor et Marianne Dissard sont mari et femme.
Photo Darren Clark

L'autre Amérique

Valérie Gaudreau

Le Soleil

Collaboration spéciale

 

Cinéaste, parolière, artiste engagée, Marianne Dissard a souvent écrit pour d’autres. Mais ce soir, sur le parvis de l’église Saint-Jean-Baptiste, la Française d’origine viendra livrer ses propres chansons. Et pour la première fois devant un public francophone.

« Quand je chante ici, personne ne comprend ! Ça me permet de me dévoiler tout en me cachant. Mais jouer au Québec, c’est très spécial », lance-t-elle en entrevue depuis Tucson, en Arizona, où elle habite avec son collaborateur et mari, Naïm Amor, depuis une dizaine d’années.

Mais les États-Unis, Marianne Dissard y vit depuis plus de 20 ans. L’Arizona, la Californie aussi. « Je me sens aussi étrangère en France qu’aux États-Unis », confie l’artiste de 37 ans, qui vit bien cette dualité.



Sur sa route américaine, Dissard a étudié le cinéma, réalisé des films dont Drunken Bees, un documentaire sur Giant Sand, un groupe de Tucson composé de Howe Gelb, John Convertino et Joey Burns. Ces deux derniers allaient par la suite fonder le groupe Calexico avec qui elle collabore encore aujourd’hui.

C’est ce même Joey Burns qui lui a proposé de se lancer dans un projet solo. Résultat : l’album L’Entre deux, un démo contenant 11 chansons aux airs de folk intemporel, où Dissard présente un minimalisme poétique bien à elle.

Sur ce disque, elle chante l’amour, le temps qui passe, quelque part entre la chanson française et le spleen du Far-West. Le tout livré d’une voix grave, traînante, souvent planante. « Presque chuchotteuse, précise-t-elle. Mais sur scène, il m’arrive de crier ! »

Pour son spectacle au Festival Off, Marianne Dissard sera accompagnée d’un guitariste et d’un saxophoniste. « Le son sera moins folk, plus dynamique que sur l’album », promet-elle. Le public de Québec aura peut-être ainsi un avant-goût de son « vrai » disque, prévu à l’automne et pour lequel elle réenregistre présentement toutes les pistes avec Burns, Convertino, Amor et John Parish.

Des amis, une petite équipe tissée serrée au cœur de la scène musicale et artistique de sa ville arizonienne. « Tucson a une scène musicale importante et surprenante. Ici, il y a un héritage dont les gens ont conscience. »

Pour l’amour de l’art

Surprenant, c’est un terme qui sied parfaitement à Naïm Amor. Chercher à le définir, c’est comme tenter de qualifier sa musique : un exercice complexe et aussi vaste que le désert de l’Arizona !

Néo-lounge, chanson, folk, les étiquettes, Naïm Amor n’en a rien à foutre, pour tout dire. Mais puisqu’il le faut bien, il trouve plutôt sympathique celle « d’avant-pop », que lui a un jour sortie un journaliste. « Ça dit quelque chose, même si le mot avant-garde ne veut plus rien dire ! », lance le principal intéressé. Outre quelques heures passées à Montréal, l’artiste ne sait à peu près rien du Québec, mais craque déjà pour cette réalité « passionnante » d’un bastion francophone en Amérique.

Surtout que son spectacle lui permettra de présenter pour la première fois ici les pièces de son album Sanguine, produit par Joey Burns. Sur scène, Amor sera accompagné du saxophoniste Mr Tidypaws et promet une soirée tout en découvertes.

Avant le projet de Sanguine, Naïm Amor a roulé sa bosse. Des projets, un défunt groupe, le Naïm Belhom Duo (avec Thomas Belhom), des albums de musique instrumentale et, surtout, l’art. L’art partout et toujours, pour celui qui a tâté la musique contemporaine et puise ses influences dans tout, de Charles Trenet aux Sex Pistols en passant par le free jazz, le théâtre, la lecture de Guy Debord et autres Situationnistes.

« La notion d’influence est très relative, dit-il. Avant, mon approche était plus politique et théâtrale. Je viens de l’expérimentation, de l’improvisation. »

Un parcours qui transparaît, même sur son album contenant des chansons en apparence plus conventionnelles. « Ça explique une certaine attitude même sur des chansons qui semblent très simples », explique-t-il. Bien qu’il ne se considère « pas tellement revendicateur », Naïm Amor estime que ses chansons, elles, le sont. Comme Aigre Martini, « dans la tradition de Boris Vian », dit-il. Ou encore Quelle heure est-il ? où Naïm Amor nous répond qu’il est « l’heure de prendre le temps », tout simplement. « Ne pas se presser et se demander quelle qualité donner au temps est très revendicateur à l’heure où tout est lié à la vitesse. »




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